CIP GLENAN

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LA VIE DE ROGER WEIGELE

Roger Weigele nous a quitté mardi 14 janvier 2014 dans la soirée près de son joli village de Cambayrac dans le Lot, il avait 84 ans. Acrobate, lutteur de foire, navigateur, conteur, gentilhomme de fortune, poète, Roger était tout cela mais aussi moniteur de plongée. Il créa notamment l'association de plongée sous marine des Glénan en 1957 et l'école à saint Nicolas des Glénan en 1960, où seront formés bien des plongeurs et moniteurs.Tous ceux qui l'ont connu auront pu apprécier sa gentillesse, son écoute et ses grandes compétences. Nombreux d'entre nous perdons un père, un frère ou un ami. Nous nous associons tous à la douleur de sa famille et de ses amis les plus proches. Nous avons le coeur lourd. Roger Weigele est né à Drancy dans la région parisienne en avril 1929. Durant la seconde guerre mondiale, ses parent se sont installés avec leurs enfants dans un petit village du Lot pour y élever des moutons et faire un peu d'agriculture, du fait de la pénurie alimentaire en région parisienne. Son père était employé à la RATP et le métro parisien l'avait débauché car beaucoup de lignes étaient fermées. Dans le village de Cambayrac vers l'age de 15-16 ans, il a commencé à fréquenter sa future épouse dont le père était lutteur de foire. Il a donc appris ce métier pour devenir lui aussi lutteur de foire mais aussi acrobate et homme fort soulevant des voitures où des brigades de pompiers. Il a donc quitté le métier d'ouvrier agricole qu'il faisait depuis l'age de 13 ans pour devenir forain dès l'age de 16 ans et plus tard parcourant la France entière avec sa femme Renée et ses deux enfants Florence et Lilian. Au début des années cinquante, il a découvert le scaphandre de plongée sous marine et le détendeur « Cousteau-Gagnant » et il a tout simplement appris la plongée grâce au mode d'emploi des appareils. Il fit ses premières plongées dans le Lot. En 1955, durant ses périples de forain autour de la France, il croisa d'autres passionnés des débuts de la plongée sous marine qui l'emmenèrent faire quelques plongées aux Glénan, lieu à l'époque complètement perdu et inconnu. D'année en année, cette pratique va s'organiser pour aboutir à la création en 1957 de l'association de plongée des Glénan, sous le nom à l'époque de GAP (groupe atlantique de plongée). A 31 ans en 1960, Roger passe le brevet d'état de moniteur national de plongée sous marine à Niolon. Immédiatement après, en mai 1960, il ouvre l'école des Glénan pour une première saison jusqu'en septembre. Il peuplera ses hivers encore de quelques spectacles dans les cinémas et cirques et aussi comme pisteur de haute montagne certaines autres saisons. Dans les années 60-70, il participera activement à la pédagogie de la plongée sous marine au sein de la fédération, comme instructeur (IN N°9). Au cours des années 60, il s'envolera pour des chantiers de scaphandrier en Espagne au Gabon en mer rouge (Roger était classe 3 A). Il fût directeur du CIP Glénan jusqu'en 1976, date à laquelle il traversa l'Atlantique avec son voilier de 20 m le « LIFLORIC » pour faire du charter plongée aux Antilles, mais l'incendie du bateau au large des Bahamas, puis une dérive de 25 jours, suivi d'un sauvetage épique, changea bien sûr ses projets. Dès 1978, il passa 2 ans aux club med avec un de ses anciens mousses des Glénan devenu chef de village au club med (Gérard Hogomat). Ses voyages l'amèneront à Bora Bora, en suisse en Égypte. Durant les années 80, il créa 2 restaurants et reprendra également la présidence du CIP Glénan pendant la direction de Jean François Tréhiou. Puis dans les années 90, Roger se retirera dans les belles collines du Lot, pour y cultiver son jardin où à 84 ans, il labourait encore avec son tracteur qu'il entretenait lui même comme à 30 ans ses compresseurs aux Glénan.

 

 


 

 

 

POEME DE ROGER - 1994

A mes enfants...
De sang et de coeur...

img048 001Sous le flou vent des filaos,
où souffle,
ininterrompue, la vie d ‘un Océan,
je me suis reposé quelques instants.
img183 001Je me posais quelques questions
sur cet univers infini hors de la portée de notre intelligence actuelle.
Je me demandais s’il fallait « oublier » cette dimension,
accepter sans comprendre,
ne plus chercher, et espérer, en cela trouver un certain calme, une certaine sagesse.
Alors, je me suis mis à essayer « d’accepter ».
img011 001J’ai accepté l’idée d’un univers,
de ce que l’ Homme en connaît des lois physiques qui le régissent
dans l’ infiniment petit
et l’ infiniment grand.
J’ai accepté l’idée du tissus vivant comme l’essence des forces qui gère la matière.
J’ai accepté l’espèce humaine comme minime partie de ce tissus, et accepté,
aussi,
de n’être qu’un infinitésimal maillon de cette espèce,
de l’Aube de l’existence de l’ Homme
jusqu’aux temps inconnus de sa disparition
ou de sa métamorphose...
photo 005Tel le minuscule polype, infime partie des montagnes coralliennes,
j’ai accepté l’idée d’exister dans un ensemble,
où chaque individu est une entité,
mais où sa disparition ne change rien à l’ensemble.
J’ai accepté ma naissance, mon milieu,
mes souffrances et mes joies, sans faire de comptes,
et sans regrets pour les chemins oubliés dans ces choix.
J’ai accepté l’idée de n’être que moi, malgré une partie de rêves,
glaucome de l’esprit,
me portant à souhaiter être un autre.
dsc00868J’ai accepté l’idée d’avoir déjà parcouru la plus grande partie de ma vie,
unique,
accepté les signes physiques
intérieurs et extérieurs
de la courbe décroissante de la vitalité animale ;
j’ai accepté d’en perdre un peu plus chaque jour,
et d’arriver à des conditions de handicaps et de souffrances.
J’ai accepté l’idée de n’avoir,
en des temps proches, ni le courage ni la force
de solutionner mes propres problèmes.
dsc01956J’ai accepté l’idée
de devenir cette feuille sèche et fripée
qui partira
au gré d’un premier vent d’Automne.
Mais j’ai accepté aussi l’idée
d’avoir rempli un rôle dans l’espèce,
d’avoir transmis la vie,
une part de connaissance,
une part de création,
avec toute la modestie des minuscules proportions que cela représente...
img015 001J’ai accepté l’idée d’avoir prolongé quelque chose
dans une direction déterminée par les hasards,
depuis la nuit des temps,
et gérée par des forces
aveugles aux problèmes de toutes espèces vivantes.
Et, l’ombre des filaos,
étant devenue bleu nuit,
je crus avoir fait le tour
de ce que je devais accepter pour acquérir
le sens de la sagesse.
img102 001Je croyais m’être élevé,
dans un détachement « Mystique »,
à une manière de vivre
qui me permettrait d’appréhender la vie
avec beaucoup plus de recul et moins de lutte.
Mais une idée m’est venue... La finalité d’une recherche comme celle là
ne pouvait se trouver que dans l’acceptation de Tout,
du Bien, du Mal, et du Pire. Alors j’ai pensé au Pire ! Et, d’un seul coup,
j’ai « senti » que ma recherche était vaine, illusoire...
img126 001La Sagesse ne semblait plus à ma portée.
Je ne pouvais plus « accepter » ; quelque chose en moi refusait ce pire auquel j’avais pensé.
Il m’était impossible d’atteindre la Sagesse
comme une île salvatrice,
car il faudrait y vivre dans la douleur.
Je ne pouvais rien accepter de ce Pire,
même pas l’envisager sans souffrir,
car,
dsc00723il était venu à mon esprit comme une flamme de l’Enfer ;
c’était l’idée qu’un jour je puisse vous perdre.

Roger Weigèle.

 

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